Action de la main de l’ostéopathe

Extrait de mon mémoire Unité corps-émotion, de la théorie à l’Ostéopathie

Un toucher mécanique et biochimique

Comme évoqué précédemment, les ostéopathes portent une attention toute particulière sur les fascias. Ceux-ci sont des tissus fluides comportant jusqu’à 70% d’eau. Werner Klingler[1] et Robert Sclheip de l’Université d’Ulm ont montré qu’une pression ferme et continue sur la peau, comme une éponge qu’on vide permettait de vider les fascias de leur eau et renouveler cette réserve, redonnant de la souplesse au fascia. Ils ont observé que la quantité d’eau s’en voyait même augmentée. [2]

Il convient d’aller un peu plus loin dans ces explications en étudiant la structure des fascias pour comprendre comment ceux-ci peuvent se déformer mais aussi tenter d’expliquer un phénomène que les ostéopathes perçoivent très bien : le Mouvement Respiratoire Primaire (M.R.P.) qui correspond à une sensation d’alternance d’expansion-relâchement (nommée « Inspir-Expir ») des tissus sous les doigts, avec une fréquence de 8 à 10 par minute.

En 1994, Dan Urry[3], publie un article sur « la transition inverse des biopolymères ». Ces derniers sont une association de longues chaînes moléculaires de protéines entrant dans la constitution du corps humain. Ils correspondent aux fibres de collagène, de réticuline, d’élastine, que l’on retrouve dans les fascias, et ont la capacité de se déplier sous l’influence d’une pression supérieure à la pression physiologique, et de revenir à leur longueur d’origine, si la pression du milieu interstitiel (qui les entoure) redevient physiologique (on parle alors de transition inverse).[4]

Structure des biopolymères[5]

Il s’avère que tout type d’énergie agit sur les biopolymères et est ainsi capable d’entrainer une réponse mécanique du tissu conjonctif : photonique, calorique, chimique, électrique ou électromagnétique.

Lorsque le milieu interstitiel est stable sans aucun apport énergétique dans le milieu, les molécules d’eau peuvent se rassembler grâce aux liaisons hydrogène qu’elles peuvent former entre elles autour des pôles hydrophobes des fibres. Ce regroupement est nommé cage à eau. Les protéines biopolymères contenues dans le milieu ne peuvent que se replier avec un certain temps de latence sous l’action des milliards de cages à eaux formées par les molécules d’eau qui repoussent les pôles hydrophobes de ces protéines.

Si le milieu interstitiel reçoit un apport énergétique quel qu’il soit, comme l’arrivée d’une hyperpression, les liaisons hydrogène très fragiles des molécules d’eau vont se rompre progressivement selon un certain temps de latence. Les protéines contenues dans le milieu ne subissent plus l’action des cages à eau qui sont progressivement détruites et ne peuvent plus repousser les pôles hydrophobes de ces protéines. Ces dernières vont pouvoir à nouveau s’allonger et revenir à leur longueur initiale.

Une même molécule d’eau peut participer à quatre liaisons hydrogène et former ainsi, avec ses quatre voisines immédiates, un tétraèdre régulier. Cette liaison est 50 fois moins forte que la liaison de covalence[6] et se rompt facilement sous l’action de peu d’énergie et se reforme facilement une fois que l’action de cette énergie cesse.

Formation (en haut) et rupture (en bas) des cages à eau[7]

Ces expériences vont dans le sens de celles plus récentes de Klingler et Sclheip (Cf. précédemment).

Philippe Bourdinaud[8] a ainsi émis l’hypothèse que des structures anatomiques telles que les membranes de tensions réciproques crâniennes, la dure-mère, les ligaments, les capsules articulaires, les tendons, les aponévroses, les cartilages et, en définitif, tous les tissus conjonctifs du corps humain sont capables, dans l’infiniment petit (de l’ordre du micron, du nanomètre, voire de l’Angstrom), de modifier leur longueur sous l’influence d’une hyperpression, puis de revenir à leur longueur initiale si la pression du milieu redevient physiologique.

Il en conclut : « Par son contact manuel, l’ostéopathe agirait ainsi sur le métabolisme cellulaire »[9].

Il semble ainsi concevable que l’énergie du M.R.P. pourrait être suffisante pour entraîner la transition inverse des biopolymères du tissu conjonctif dans l’infiniment petit.

Dans un premier temps, un phénomène d’hyperpression globale du corps humain oblige les cages à eau à casser leurs fragiles liaisons qu’elles ont formées, permettant ainsi l’allongement des fibres d’élastine ou de collagène. Cela correspondrait au temps d’Inspir du M.R.P.

Dans un second temps, le retour à l’état physiologique entraine la formation des liaisons hydrogène des molécules d’eau. Ces dernières s’agglutinent alors les unes aux autres et forment des cages à eau autour des pôles hydrophobes des biopolymères, obligeant ainsi les fibres à se replier sous leur pression. Cela correspondrait au temps d’Expir du M.R.P.

De récentes recherches nous permettent d’aller plus loin dans la compréhension des mécanismes du M.R.P. et leur origine.

Les chercheurs de l’Université d’Ulm ont découvert des cellules musculaires lisses enchâssées dans les fibres de collagène fasciales des tuniques élastiques des capillaires sanguins artériels, et qui sont capables de se contracter sous l’effet d’un message moteur neuro-végétatif. [10]

Ces découvertes ont permis à Bourdinaud d’établir de nouvelles hypothèses.

La présence de ces cellules musculaires contenues dans les fascias des capillaires artériels entraîne le phénomène appelé vasomotion : leur contraction se propage dans le liquide « gel » interstitiel incompressible et provoque une onde hydrique, appelée onde de Traube-Hering-Mayer[11], qui se transmet aux fibres de collagène ou d’élastine situées sur son trajet, entraînant ainsi les réactions biochimiques décrites précédemment : le repliement ou l’allongement de ces mêmes fibres.

L’onde THM dans le liquide interstitiel provoque l’arrivée d’une pression liquidienne sur les fibres de collagène ou d’élastine de l’ensemble du corps humain, qui vont alors s’allonger à la suite des ruptures des liaisons hydrogènes des cages à eau du liquide interstitiel.

Puis il y a cessation de la production de l’influx nerveux neuro-végétatif et donc de la contraction des cellules des tuniques des capillaires artériels, ainsi que la cessation de la pression liquidienne sur les fibres de collagène ou d’élastine de l’ensemble du corps humain. Ces fibres vont alors pouvoir se replier à la suite de la nouvelle formation des liaisons hydrogènes et des cages à eau.

Le rythme de cet impulsion neuro-végétative est de : 8 à 10 par minute.

Nicette Sergueef[12] réalisa en 2001, après validation de l’expérimentation par l’« Institutional Review Board », des diagnostics palpatoires ostéopathiques crâniens en signalant chaque flexion et chaque extension des impulsions rythmiques crâniennes (IRC). Dans le même temps un appareil laser-Doppler Transonic Systems INC enregistrait les différentes variations du flux sanguin. Là encore, les analyses des données et les comparaisons statistiques ont démontré que l’IRC est palpable en concomitance avec les variations de basse fréquence de l’oscillation de Traube-Hering-Meyer (THM), mesurées par l’appareil laser-doppler. [13]

La science semble être en mesure de donner une explication à l’action de la main du thérapeute. Une modification de pression au sein des fascias entraine une modification biochimique de ces derniers qui vont pouvoir se plier ou s’allonger. De même, une explication peut être trouvée quant au ressenti par l’ostéopathe du Mouvement Respiratoire Primaire. Des phénomènes de vasomotion impulsés par le système nerveux autonome permettent la propagation d’une onde (THM) qui va augmenter la pression dans l’environnement des fascias et ainsi modifier leur état d’allongement.

Il est important de noter que si la science rejoint les théories ostéopathiques, il convient de rester prudent ; les preuves in vitro doivent être démontrées in vivo pour valider ces démonstrations.

Un toucher quantique[14]

Avant de commencer cette partie il convient d’avoir quelques bases en physique quantique. Voici un documentaire ARTE qui m’a beaucoup aidé à comprendre de quoi nous parlons:

Nous savons que le corps dégage un champ électromagnétique depuis les travaux de Gerhard Baule et Richard McFee[15]. Ces derniers ont détecté le champ biomagnétique projeté par le cœur humain et publièrent un article en 1965[16]. En 1970, David Cohen[17], a utilisé un magnétomètre SQUID (Superconducting Quantum lnterference Device) capable de détecter des champs biomagnétiques minuscules associés à des activités physiologiques dans le corps. Cohen a confirmé les résultats précédents concernant le cœur et a travaillé sur l’activité magnétique du corps (notamment celle du cerveau).[18] De nos jours, le champ électromagnétique du corps est utilisé dans l’imagerie (IRM).

Des travaux ont été réalisés par James Zimmerman[19] à l’Ecole de Médecine de l’Université de Colorado, à Denver, à l’aide d’un magnétomètre SQUID. Ceux-ci montrent qu’il existe un échange ondulatoire variant de 0,3 à 30 Hz avec des fréquences plus nombreuses entre 7 et 8 Hz lorsque l’appareil est placé en contact avec la main du thérapeute.

Des enregistrements réalisés avec le capteur SQUID effectués à l’« Institute of Heartmath » lors d’une recherche électromagnétique sur le toucher montrent que des sentiments d’amour (« love » ci-après) peuvent conduire à des tracés cohérents, tandis que des sentiments de colère (« anger » ci-après) ou de frustration donnent des tracés incohérents.

Tracés émotionnels sous SQUID au niveau du cœur[20]

Des travaux semblables sur deux émotions (gratitude et frustration) ont été publiés dans l’« American Journal of Cardiology » en 1995 et confirment la précédente étude.

Herbert Fröhlich, a proposé la possibilité d’un langage intercellulaire  et interorganique utilisant des champs d’ondes cohérentes. Deux sources d’ondes sont cohérentes si elles émettent des ondes sinusoïdales de même fréquence et si le retard de l’une par rapport à l’autre ne varie pas au cours du temps, qu’elles gardent alors un déphasage constant. Fröhlich s’est beaucoup intéressé à l’application de ces recherches en biologie et reçut en 1972 la médaille Max Plank, distinction scientifique décernée annuellement par la société allemande de physique.

Les travaux les plus notables sur les signaux cohérents ont été réalisés par Ilya Prigogine[21], qui reçut en 1977 le prix Nobel de Chimie pour ses travaux sur les structures dissipatives[22]. Il démontre qu’un apport d’énergie permet à certains systèmes de se structurer et de devenir cohérents, et de progresser vers un état ordonné. Cette onde dissipative est applicable à la biologie puisque toute onde, qu’elle soit électromagnétique, sonore ou lumineuse peut transformer de l’information. Il s’avère que c’est la modulation en fréquence ou en amplitude de l’onde porteuse qui permet de véhiculer les informations, c’est-à-dire des signaux cohérents.

Pour Patrick Varlet, médecin et ostéopathe français, c’est probablement ce qui se passe lorsque, en approche ostéopathique, nous sommes en situation d’attention avec les tissus.

Il semble ainsi que le toucher du thérapeute puisse avoir un effet électromagnétique et modifier la structure sur laquelle il agit grâce un mécanisme quantique.


[1] Klingler Werner (1970- ), médecin et anesthésiste allemand, spécialiste des fascias et de l’hyperthermie maligne.

[2] Les alliés secrets de notre organismes – Fascinants fascias, Documentaire ARTE GEIE, 2017

[3] Urry Dan, professeur de biochimie à l’université de Birmingham, en Alabama (USA).

[4] Bourdinaud Philippe, Ma conception de l’ostéopathie, cours présenté à l’A.T.S.A Limonest, 2017

[5] Idem 4.

[6] Liaison dans laquelle deux atomes se partagent deux électrons.

[7] Idem 4.

[8] Bourdinaud Philippe, ostéopathe français.

[9] Bourdinaud, Philippe, Les techniques tissulaires ostéopathiques péri-articulaires. Tome 1 : Le bassin et le traitement général fascial, Ed. De Verlaque, 1994

[10] Idem 4.

[11] L’onde de Traube-Hering-Mayer ou THM fait référence à ces trois chercheurs qui découvrirent, aux alentours de 1870 que des oscillations rythmiques de la pression artérielle s’observaient à certaines fréquences respiratoires proches de 0,10 Hz chez l’humain, soit de l’ordre de 8 à 10 par minute.

[12] Sergueef Nicette, masseur-kinésithérapeute et ostéopathe française, membre du « Chicago College of Osteopathy Medecine, Midwestern University ».

[13] Idem 4.

[14] Varlet Patrick, Ostéopathie somato-émotionnelle, Sully, 2012, p.122-123 et p.173-174

[15] Baule Gerhard et McFee Richard, chercheurs au département d’ingénierie électrique, Université de Syracuse (Syracuse New-York).

[16] Baule Gerhard et McFee Richard, Theory of Magnetic Detection of the Heart’s Electrical Activity, June 1965, dans Astrophysics Data System, Harvard,

    URL: https://ui.adsabs.harvard.edu/abs/1965JAP….36.2066B/abstract consulté le 21/01/2020

[17] Cohen David, physicien au Massachusetts Institute of Technology (MIT).

[18] Cohen David, sur le site internet du MIT, URL : http://davidcohen.mit.edu/ consulté le 21/01/2020

[19] Zimmerman James (1923-1999), scientifique américain, co-inventeur du SQUID.

[20] Varlet Patrick, Ostéopathie somato-émotionnelle, Sully, 2012, p.174

[21] Prigogine Ilya (1917-2003), physicien et chimiste belge d’origine russe.

[22] Structures qui évoluent dans un environnement avec lequel elles échangent de l’énergie ou de la matière.