Fonctionnement corps-émotion

On entend de plus en plus parler de lien entre corps et émotion, de maladies psychosomatiques, plus largement de pathologies liées au stress. Mais quel est ce lien entre deux entités, une matérielle, le corps, et l’autre qu’on ne sait souvent pas bien définir, l’émotion?

Nous allons ici comprendre ce qu’est une émotion, voir en quoi elle est utile et comment corps et émotion sont intimement intriqués.

Alors, est-ce que « c’est dans notre tête? »!

Emotion

Étymologiquement, émotion se compose de deux parties:  e  = « vers l’extérieur », movere = « mouvoir »

  • C’est donc un mouvement qui fait sortir l’individu d’un état dans lequel il était.[1]
  • C’est en fait un encartage des perceptions d’un état du corps, que l’on peut mesurer : ex : augmentation de la fréquence cardiaque, frissons,…[2]
  • L’émotion est un guide de comportement permettant à l’individu d’agir vite et bien = elle favorise la survie.[3]

Pour aller plus loin dans la définition de l’émotion, c’est par ici!

Nous avons, comme toute espèce vivante, deux modes de survie[4]:

  •  La croissance: qui est rendue possible par la communication ouverte entre l’organisme et son environnement (absorption, élimination, reproduction).
  •  La défense qui déclenche la cascade du stress que nous allons voir dès à présent.

Etats d’urgence[5]

Le stress est une réaction archaïque de l’organisme en réponse à une agression de l’environnement.

Dans le règne animal, lorsqu’un individu se retrouve en danger, trois mécanismes de survie vont se présenter à lui : la fuite, si la fuite est vaine la lutte ou l’inhibition de l’action (se faire le plus invisible possible, faire le mort (thanatose), se soumettre).

Chez l’être humain, il a été montré que dans 90% des situations le danger n’est plus externe, lié à l’environnement. Il est d’origine interne, subjectif. Le stress est déclenché par des pensées contradictoires, non acceptables par la conscience et donc refoulée dans l’inconscient. Ce stress peut ainsi devenir chronique dans une situation d’inhibition de l’action. Ainsi en fonction du vécu de la situation par l’individu, il a été montré notamment chez des rats que c’est dans cet état d’inhibition que survient la pathologie.

Cf. vidéo Henri Laborit – Inhibition de l’action [6]

Exemple: un patron qui harcèle son salarié, ce dernier ne peut pas le supporter mais a des enfants à élever. S’il fuit, il n’a plus de travail, s’il lutte, il n’a plus de travail non plus! Donc bien souvent, il se retrouve en situation d’inhibition, dans un stress chronique où il n’a pas de solution pour se sortir de cette situation qui le met en péril.

Le danger lié à la survie n’est ici pas réel (la vie de l’individu n’est pas en danger) or le cerveau inconscient ne distingue pas le réel, l’imaginaire, le virtuel ou encore le symbolique. La situation est ainsi vécue inconsciemment comme un danger pour la survie pour l’individu.

Vous en saurez plus à ce sujet dans les parties Santé émotionnelle et Gestion du stress.

Modes de conscience

Il existe deux modes de conscience: le conscient et l’inconscient.

Dans le mode conscient, l’individu a conscience de soi et capable de critiquer son environnement au sens large.

Il s’avère que 90 à 95% des pensées et actions sont dites inconscientes, donc échappent à la conscience. Le cerveau inconscient emmagasine chaque détail des différentes situations vécues. Cela lui permet de pouvoir s’adapter plus rapidement à une situation de danger déjà vécue.[7]

Le conscient n’est donc que la partie émergée de l’iceberg !

Le cerveau des émotions

La neuroscience des émotions est complexe. Plusieurs structures du cerveau ont été individualisées dans la perception des stimuli émotionnellement compétent, c’est à dire des personnes ou objets qui vont créer une émotion particulière. On appelle sites de déclenchement ces structures cérébrales impliquées dans la création de l’émotion[8]:

  • l’amygdale: « centre de la peur », elle permet de ressentir la peur face à un danger afin d’adapter une réponse comportementale, cognitive et physiologique pour la survie.
  • Le cortex préfrontal détecte la signification émotionnelle de stimuli plus complexes, comme les émotions sociales. Il va, en présence d’un conflit, d’un problème à résoudre, analyser la situation et décider de la stratégie de régulation appropriée. C’est ainsi le modérateur des informations perçues par l’amygdale.

Ceux-ci vont à leur tour stimuler des sites d’exécutions qui vont permettre au corps de se modifier afin de s’adapter à l’émotion perçue.

  • L’hypothalamus représente l’exécutant en chef de nombreuses réponses chimiques qui sont parties intégrantes des émotions. Directement, ou via l’hypophyse qui lui est adjacente (créant le complexe hypothalamo-hypophysaire), il libère dans la circulation sanguine des hormones qui sont des molécules chimiques qui modifient le milieu intérieur, le fonctionnement des viscères et celui du système nerveux central lui-même.
  • La base du précortex et les noyaux du tronc cérébral vont quant à eux intervenir surtout dans les expressions faciales.

Bien que de nos jours différentes parties du cerveau ont été mises en évidence dans la gestion des émotions, il est intéressant de voir comment le cerveau s’est développé à travers l’évolution des espèces et créé différentes parties en fonction des besoins pour s’adapter à l’environnement.

Ainsi, de façon schématique, on distingue [9]:

  • Le cerveau reptilien (archaïque): composé de l’hypothalamus et d’autres structures nerveuses moins importantes a priori dans notre contexte. C’est le cerveau de l’instinct de survie. Il gère les fonctions vitales de l’organisme et les besoins vitaux. C’est le cerveau qui agit.
  • Le cerveau limbique ou paléo-cerveau : composé du système limbique. C’est le cerveau de l’émotion, de l‘adaptation à l’environnement.
  • Le néocortex ou néo-cerveau : il caractérise le cerveau des mammifères et atteint son développement maximum chez l’homme. Il est responsable des fonctions cognitives supérieures: conscience, langage, capacité d’apprentissage, perceptions sensorielles, commandes motrices volontaires, présence dans l’espace.

Si une information est dérangeante pour la conscience, comme une émotion très forte, l’information n’est pas décodée par le néocortex et le cerveau limbique, elle est refoulée dans l’inconscient et va ainsi être traduite de manière archaïque en termes de fuite, lutte et inhibition par le cerveau reptilien, créant des dysfonctionnements internes dans le corps car ce dernier n’est pas adapté à un stress chronique.

On aura alors action du complexe hypothalamo-hypophysaire (qui adapte donc le corps aux dangers externes à l’organisme) qui va :

  • Monopoliser l’énergie pour la fuite ou la lutte
  • Inhiber le système immunitaire (qui protège des dangers internes: agents étrangers pathogènes). Cela explique qu’en période de stress, nous sommes plus susceptibles de tomber malade.
  • Inhiber les fonctions cognitives supérieures. Cela explique qu’en période de stress, nous sommes moins capables de réfléchir de façon rationnelle.
  • déclencher l’action du système nerveux sympathique qui est le système de mise en alerte l’organisme. Il prépare le corps à réagir au danger (apporte l’énergie nécessaire à fuir ou lutter).
  • déclencher l’action du système hormonal : sécrétion de cortisol, l’hormone du stress qui va aider le corps à maintenir sa mise en alerte.

Le système nerveux sympathique et le cortisol vont entraîner une cascade de réaction nerveuses et chimiques qui permettent à l’individu de survivre au danger perçu. Ils sont cependant adaptés à des réactions de courte durée. Lorsque ces dernières deviennent chroniques, elles peuvent déclencher des manifestations pathologiques.[10][11][12]

Pour plus de détails, je vous propose de lire l’article sur L’émotion au service de la survie.

A partir de cette base de compréhension, nous allons voir comment nous allons prendre soin de notre santé physique et émotionnelle:


[1] Françoise LOSTRA, Le cerveau émotionnel ou la neuroanatomie des émotions, Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseau, De Boeck Supérieur, 2002/2 n°29, p.73-76

[2] Antonio R. DAMASIO, Spinoza avait raison, Odile Jacob, 2005

[3] Moïra MIKOLAJCZAK, Les compétences émotionnelles, Dunod, 2014

[4] Bruce LIPTON, Biologie des Croyances, Ariane, 2016, p.179-185

[5] Jacques FRADIN, L’intelligence du stress, Groupe Eyrolles, 2008

[6] Henri LABORIT (1914-1995), chirurgien et neurobiologiste français.

[7] Idem 5.

[8] Idem 2.

[9] Robert DANTZER, Cerveau et émotions, dans : Robert Dantzer éd., Les émotions. Paris cedex 14, Presses Universitaires de France, « Que sais-je ? », 2002, p.69-90.

[10] Idem 5.

[11] Inserm (dir.). Mécanismes associant stress et pathologies, dans Stress au travail et santé : Situation chez les indépendants. Rapport. Paris : Les éditions Inserm, 2011, XII-483 p. – (Expertise collective). – http://hdl.handle.net/10608/217 URL: http://www.ipubli.inserm.fr/bitstream/handle/10608/217/Chapitre_13.html

[12] Symptômes psychosomatiques dans les maladies somatiques – glaucome à angle ouvert par exemple, 2010, URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/20706972/ (traduction française)