Santé émotionnelle

Comme nous le voyons dans la partie Fonctionnement corps-émotions, nos émotions nous permettent de nous adapter à notre environnement. La perception de ce dernier va dépendre de notre vécu émotionnel et va ainsi conditionner notre santé physique.

Nous allons donc étudier quels éléments vont conditionner notre vécu émotionnel.

  • L’éducation
  • Vécu réel, symbolique et virtuel
  • Expériences et traumatismes
    • Mémoires transgénérationnelles
    • Comportement et projet sens des parents avant la conception
    • Vie intra-utérine
    • Petite enfance
  • Comment agir?

L’éducation

Notre éducation va en grande partie conditionner la façon dont nous considérons notre environnement, la façon d’attribuer une valeur positive ou négative à différentes situations ou objets. Il sera difficile de remettre en question cette façon de voir le monde puisque c’est la manière dont nous nous sommes construits. Or, ce n’est pas parce qu’on nous dit quelque chose que cette chose est vraie! Notre propre vérité est celle à laquelle on nous a appris à croire! Ainsi, les jugements de valeur sont tous conditionnés par notre éducation. D’ailleurs, dans la nature il n’y a pas de notion de bien et de mal.

Par exemple, si toute votre vie, on vous a dit que la terre est plate, vous croirez dur comme fer qu’elle est effectivement plate. Et en l’occurrence, bien que certains en émettent encore l’hypothèse, il semble bien que ce ne soit pas le cas!

De même, si on vous a toujours dit qu’il ne faut pas mettre ses coudes sur la table quand on mange, vous n’accepterez pas facilement que quelqu’un le fasse. Et pourtant, ce ne sont que des codes sociaux qui n’entraînent pas de danger pour la survie de l’individu.

Il faut, de plus, faire attention à la véracité de nos croyances. Ce n’est pas parce-que quelque chose n’est pas prouvée qu’on peut affirmer qu’elle soit fausse (à ce sujet, vous pouvez consulter l’article consacré au scepticisme scientifique.)

Il est, par ailleurs, intéressant de voir comment le conditionnement agit sur notre immunité. A voir dans cet article.

Vécu réel, imaginaire, symbolique et virtuel

Comme nous avons pu l’aborder dans la partie consacrée au fonctionnement corps-émotion, le cerveau ne fait pas la différence entre le vrai (une situation de danger réellement vécue; ex: agression physique) et le symbolique (une situation non réelle, c’est à dire qui ne met pas réellement ou en tous cas pas directement la personne en danger pour sa survie; ex: une situation où on se sent abandonné). C’est aussi le cas pour des situations virtuelles (ex: ressentir la douleur d’un autre) ou imaginaire (ex: croire que l’on a vécu un événement alors que ce n’est pas le cas).

Cf. Partie Gestion du stress pour comprendre les capacités de transformation du cerveau.

Pour illustrer cela, il est intéressant de parler des recherches d’Elizabeth Loftus[1] (en 1974). Cette dernière a mis en évidence la possible modification de la mémoire en implantant de faux souvenirs chez des sujets (par exemple, en leur créant le souvenir d’avoir vu Bugs Bunny à Disneyland après la lecture d’un faux texte incluant le personnage et d’un questionnaire influençant le sujet, alors que ce dernier est un personnage de la Warner Bros). Daniel Schacter[2] explique ce phénomène par le fait que le cerveau distingue difficilement les souvenirs mémorisés et l’imagination. Dans les deux cas, les mêmes zones du cerveau sont activées.[3]

Ainsi, nous allons nous retrouver dans différentes situations, réelles, symboliques, imaginaire ou virtuelles, qui seront traitées de la même façon par notre cerveau inconscient, pouvant ainsi mettre en jeu le système de mise en alerte de l’organisme.

Il est important de noter que le cerveau ne fonctionne que dans le moment présent. Ainsi, par rapport à des pensées que l’on rumine ou que l’on appréhende, il agira en termes de survie dans le présent bien que ces informations appartiennent au passé ou au futur.

Dans la nature, les principales situations de dangers réels pour la survie sont les suivantes:

  • Non satisfaction des besoins vitaux (respirer, manger, boire, se reproduire)
  • Atteinte de l’intégrité physique (agression)
  • Abandon ou perte de protection (de la part du clan, des parents,…)
  • Perte de territoire
  • Incapacité à réaliser une action ou un déplacement
  • Mauvaise identification de son environnement (présence ou non d’un danger)

De manière symbolique ou virtuelle, ce sont des thématiques que nous allons retrouver dans nos différents états de stress.

Expériences et traumatismes

Nous allons essayer ici de référencer les périodes qui vont le plus impacter notre vie émotionnelle. Ce sont dans ces moments que se créent le plus les traumatismes émotionnels, c’est à dire des moments de stress intenses qui vont bien souvent être refoulés dans notre inconscient, l’intensité de l’expérience n’étant pas supportable par la conscience.

  • Mémoires transgénérationnelles

La psychogénéalogie met en évidence la répercussion des traumatismes familiaux sur la descendance. Elle a été largement abordée par Anne Ancelin Schutzenberger (1919-2018), psychanalyste et professeur émérite de l’Université de Nice.

Les transmissions transgénérationnelles sont de plus en plus expliquée grâce à l’épigénétique.[4] L’environnement des parents a un réel impact sur leur descendance.[5][6][7]

Pour en savoir plus, je vous propose de lire l’article consacré à la psychogénéalogie et aux transmissions transgénérationnelles.

  • Comportement et projet sens des parents avant la conception[8]

La recherche [9][10][11] révèle que, dans les mois qui précèdent la conception d’un enfant, les futurs parents jouent le rôle d’ingénieur génétiques pour leurs enfants à venir. Dans la phase de maturation finale d’un ovule et d’un spermatozoïde, le processus appelé empreinte génomique règle l’activité de groupes de gènes spécifiques qui formeront le caractère de l’enfant avant la conception. Selon ces recherches, ce qui se passe dans la vie des futurs parents pendant le processus d’empreinte génomique affecte profondément l’esprit et le corps de l’enfant à venir. C’est aussi le cas pour la nutrition des parents autour la phase de conception.[12]

Dans Pre-Parenting: Nurturing Your Child from Conception (Avant de devenir parent: soigner son enfant dès la conception), Thomas Verny [13] écrit: « il y a une différence entre être conçu dans l’amour, dans la haine ou en vitesse, et le fait que la mère veuille ou non tomber enceinte… Les parents réussissent mieux lorsqu’ils vivent dans un milieu calme, stable et libre d’accoutumances, et qu’il sont soutenus par la famille et les amis ».

A contrario, il a été mis en évidence que les comportements agressifs avaient notamment une origine héréditaire. [14]

De plus, il semblerait que les parents portent un projet inconscient pour leurs enfant avant leur naissance, un « projet-sens », qui aura une influence sur l’enfant à venir. « Mon enfant sera un grand footballeur », « mon enfant réussira là où j’ai échoué », « mon enfant permettra de créer du lien au sein de ma famille »,… Il peut s’avérer que ces projets-sens, bien qu’inconscients, soient difficiles à porter pour l’enfant qui n’a peut-être pas le même projet de vie que celui que ses parents ont pour lui.

  • Vie intra-utérine[15]

Il existe une foule de recherches documentant l’importance de l’attitude des parents dans le développement du fœtus, une fois qu’il est conçu. Verny écrit: « Le poids de la preuve scientifique qui a vu le jour au cours de la dernière décennie (2002) nous force à réévaluer les capacités mentales et émotionnelles de l’enfant à naître. A cet effet, les études montrent que, pendant l’éveil ou le sommeil, l’enfant à naître est constamment à l’affût des actions, des pensées et des sentiments de la mère. Dès la conception, l’expérience dans l’utérus forme le cerveau et établit les fondements de la personnalité, du tempérament émotif et de la puissance de la pensée supérieure. »

A noter que la mère et le père font équipe dans l’aventure de la conception et de la grossesse, même si c’est la mère qui porte l’enfant. La responsabilité du père est aussi importante que celle de la mère pour favoriser la santé, l’intelligence, le potentiel et la joie des enfants.[16]

Il est important de ne pas nous blâmer, ni nos parents, pour nos échecs ou ceux de nos enfants. La science a focalisé sur intention sur le déterminisme génétique nous laissant longtemps dans l’ignorance quant à l’influence des comportements et attitudes sur la vie des enfants.

De plus, rappelons-nous que l’essentiel de nos pensées et actions sont inconscientes et conditionnées par nos propres expériences. Cela n’excuse bien entendu pas tout, mais si les choses sont faites dans le respect de soi et des autres, on ne peut se blâmer de ne pas avoir su et d’avoir fait de son mieux.

  • Petite enfance[17]

Un enfant ne peut pas contrôler ses émotions. Ce n’est pas parce qu’il ne veut pas ou ne sait pas, il ne peut pas. Ses structures et réseaux cérébraux ne sont pas encore suffisamment fonctionnels. Il rencontre des tempêtes émotionnelles, des peurs incontrôlées, de véritables angoisses, de très grands chagrins…

En-dessous de 5-6 ans, l’enfant a des impulsions et des émotions qu’il contrôle difficilement car la partie qui les contrôle commence à mûrir entre 5 et 7 ans.
Ensuite, il contrôle un peu mieux ses émotions, il comprend leurs causes et sait les surmonter. Si l’entourage a été suffisamment bon, l’enfant sait contrôler ses émotions à partir de 6-7 ans.

Chez l’enfant, le cortex préfrontal (Cf. Fonctionnement corps-émotion) n’est pas fonctionnel. La maturation est achevée à l’âge adulte. C’est l’environnement qui permet cette maturation.

Les enfants ne font pas des caprices, ils n’ont pas de troubles pathologiques du développement. Leur comportement «inacceptable» est seulement le résultat de l’immaturité normal du cerveau.

L’enfant reçoit les émotions de plein fouet, sans filtre et n’a pas la possibilité de s’apaiser seul. Si on le laisse seul avec ses émotions (peur, chagrin, angoisse), les molécules de stress (adrénaline, cortisol) vont être sécrétées ; molécules très nocives pour un cerveau en développement.

Ainsi, un traumatisme subi dans la petite enfance, alors que le cerveau n’est pas capable de moduler les peurs, va ainsi s’ancrer plus facilement et avoir des répercussions sur la vie et le comportement de l’individu.[18]

Comment agir ?

Deux éléments importants vont être à prendre en compte pour modifier notre santé émotionnelle:


[1] Loftus Elizabeth (1944- ), psychologue cognitiviste américaine de l’Université d’Irvine (USA).

[2] Schacter Daniel (1952- ), psychologue et professeur de l’Université d’Harvard.

[3] Je me souviens donc je me trompe, Documentaire Arte France, Scientifilms, CNRS Images, 2016

[4] Héritage transgénérationnel: comment les impacts sur l’information épigénétique et génétique des parents affectent la santé de la progéniture, 2019, URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31374565/ (traduction française)

[5] Héritage épigénétique environnemental par les gamètes et implications pour la reproduction humaine, 2014, URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25416302/ (traduction française)

[6] Héritage épigénétique environnemental par les gamètes et implications pour la reproduction humaine, 2015, URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25416302/ (traduction française)

[7] Héritage transgénérationnel des altérations épigénétiques induites par l’environnement au cours du développement des mammifères, 2019, URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31816913/ (traduction française)

[8] Bruce H. Lipton, Ph. D., Biologie des croyances, Ariane, 2015, p.218

[9] Wolf Reik & Jörn Walter, Empreinte génomique: influence parentale sur le génome, Nature, 2001, URL: https://www.nature.com/articles/35047554

[10] M. Azim Surani, Reprogrammation de la fonction du génome par héritage épigénétique, Nature, 2001, URL: https://www.nature.com/articles/35102186

[11] Empreinte génomique et ses effets sur la croissance postnatale et le métabolisme adulte, 2019, URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31270580/ (traduction française)

[12] Nutrition periconceptionnelle maternelle et paternelle comme indicateur du risque de syndrome métabolique chez la progéniture plus tard dans la vie grâce à l’empreinte épigénétique: une revue systématique, 2019, URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28533070/ (traduction française)

[13] Thomas R. Verny est psychiatre, écrivain et universitaire. Il a précédemment enseigné à l’Université Harvard, à l’Université de Toronto, à l’Université York, à Toronto, à l’Université St. Mary’s, à Minneapolis, Minnesota et au Santa Barbara Graduate Institute.

[14] Génomique de l’agression humaine: état actuel des études pangénomiques et outil d’analyse systématique automatisé, 2019, URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31464998/ (traduction française)

[15] Idem 8.

[16] Programmation métabolique et cardiovasculaire paternelle de leur progéniture: un examen systématique de la portée, 2020, URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33382823/ (traduction française)

[17] Conférence Catherine Gueguen, Les neurosciences et le développement de l’enfant, URL: https://vimeo.com/117247370

[18] Effets de l’environnement social et du stress sur la méthylation des gènes des récepteurs des glucocorticoïdes: une revue systématique, 2016, URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25687413/ (traduction française)


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