L’émotion en définition

Extrait de mon mémoire Unité corps-émotion, de la théorie à l’Ostéopathie.

Une émotion est d’abord un mouvement qui fait sortir quelqu’un de l’état dans lequel il était auparavant.

D’un point de vue étymologique, « émotion » vient du préfixe « é » = « vers l’extérieur » accompagné du verbe latin « movere » = « mouvoir ».

Les émotions sont donc des incitations à l’action.

Souvent considérées comme des phénomènes passionnels, susceptibles d’entraver le bon fonctionnement de la raison, les émotions ont vu leur intérêt grandir grâce notamment à Antonio Damasio[1], dont les recherches ont montré que loin de colorer seulement la vie des individus, les émotions étaient indispensables à leur survie.

Ses études, publiées dans son ouvrage « L’Erreur de Descartes » (1995), ont eu pour point de départ l’observation d’un fait divers survenu en 1848 et l’accident d’un chef d’équipe dans le bâtiment, Phineas Gage. Ce dernier,  lors d’une explosion, se voit traverser par une barre en fer de la joue gauche au sommet du crâne. Il s’en sortira miraculeusement, a priori indemne. Cependant, il s’avère que son comportement va être profondément modifié. Il se ruinera, perdra sa famille, ses amis, son travail. Malgré son intelligence, il sera incapable de gérer son argent, de maintenir des relations sociales de qualité et de conserver un emploi stable.

Après observation de nombreux autres cas de patients présentant une lésion cérébrale au niveau des circuits neuronaux de l’émotion, Damasio montre que les émotions sont indispensables au processus de décision et ainsi à l’adaptation à l’environnement, indispensables à la survie d’une espèce.

Ainsi, pour Damasio[2], « les émotions sont des actions ou des mouvements, pour beaucoup d’entre eux publics, qui sont visibles pour autrui dès lors qu’ils se manifestent sur le visage, dans la voix et à travers des comportements spécifiques. Bien sûr, certaines composantes de ce processus émotionnel ne sont pas visibles à l’œil nu, mais elles peuvent le devenir moyennant des tests scientifiques comme des mesures hormonales ou des enregistrements d’ondes électrophysiologiques. ».

Les émotions constituent un guide de comportement, dont l’objectif est de permettre à l’individu d’agir vite et bien. Elles sont forgées à partir de réactions simples qui favorisent la survie d’un organisme et ont donc pu aisément perdurer au cours de l’évolution. Par exemple, la peur facilite la fuite, la colère encourage à lutter, etc, …

Il est intéressant de noter que là où l’instinct impose un certain type de comportement, l’émotion crée une tendance en faveur d’un certain type de comportement, permettant une adaptation flexible à l’environnement. Par exemple, une personne en colère aura tendance à frapper quand une autre aura tendance à prendre du recul.[3]

Les émotions sont classées en deux catégories : simples ou complexes. Plusieurs listes d’émotions simples ont été proposées et sont décrites en détail dans l’ouvrage de Joseph LeDoux[4], « The Emotional Brain » (1998). Selon lui, les émotions sont dites simples ou primaires quand elles s’accompagnent d’expressions faciales ou gestuelles universelles, quelle que soit l’empreinte de l’éducation ou de la culture. Paul Ekman[5], en 1984, les a réduites au nombre de six : bonheur, tristesse, peur, colère, surprise et dégoût.[6]

Figure 1: Les émotions de base (Ekman, 2006)[7]

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Les émotions complexes quant à elles résulteraient de la combinaison de plusieurs émotions simples. Robert Plutchik[8] en a proposé un schéma très réducteur si on considère l’utilisation de mots traduisant des états émotionnels subjectifs.

Figure 2: La roue des émotions (Plutchik, 1980)[9]

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Damasio distingue pour sa part émotion et sentiment. A l’opposé des émotions qui sont quantifiables, puisque représentative de l’état du corps, « les sentiments sont toujours cachés, comme toutes les images mentales. Seul celui qui les possède peut les voir et ils constituent la propriété la plus privée de l’organisme dans le cerveau duquel ils apparaissent. Les émotions se manifestent sur le théâtre du corps, les sentiments sur celui de l’esprit ». L’évolution a fait d’abord émerger les émotions et puis les sentiments.[10] Pour Damasio, le sentiment est la perception d’un certain état du corps, ainsi que celle d’un mode de pensée. Ils traduisent l’état vécu actuellement dans le langage de l’esprit. Ils apparaissent lorsque la simple accumulation d’encartage d’états du corps atteint un certain stade.[11]

Une petite vidéo pour illustrer tout ça!


[1] Damasio Antonio (1944- ), médecin, professeur de neurologie, neurosciences et psychologie. Il directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion et de la créativité de l’Université de Californie Méridionale (University of Southern California) depuis 2005.

[2] Damasio Antonio R., Spinoza avait raison, Odile Jacob, 2005, p.32-36

[3] Mikolajczak Moïra, Les compétences émotionnelles, Dunod, 2014, p.20

[4] Ledoux Joseph (1949- ), psychologue, professeur de sciences à l’Université de New York, et directeur du « Center for the Neuroscience of Fear and Anxiety ».

[5] Eckman Paul (1934- ), psychologue américain.

[6] Lostra Françoise,  Le cerveau émotionnel ou la neuroanatomie des émotions, Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseau, De Boeck Supérieur, 2002/2 n°29, p.73-76

[7] https://www.semanticscholar.org/paper/Une-%C3%A9tude-ethnographique-sur-le-jeu-vid%C3%A9o%2C-les-et-Chollet-Rodhain/be6e557a297c046f342090db86d94aa136e0a0d3 consulté le 09/02/2020

[8] Plutchik Robert (1927-2006), professeur et psychologue américain.

[9] http://se-realiser.com/wp-content/uploads/2017/12/RouePlutchik.png consulté le 15/02/2020

[10] Damasio Antonio R., Spinoza avait raison, Odile Jacob, 2005, p.32-36

[11] Damasio Antonio R., Spinoza avait raison, Odile Jacob, 2005, p.93-94