La mémoire pour s’adapter à l’environnement

Extrait de mon mémoire Unité corps-émotion, de la théorie à l’Ostéopathie.

La mémoire est « la fonction qui nous permet d’intégrer, conserver et restituer des informations pour interagir avec notre environnement. Elle rassemble les savoir-faire, les connaissances, les souvenirs. Elle est indispensable à la réflexion et la projection de chacun dans le futur. Elle fournit la base de notre identité »[1].

On distingue cinq systèmes de mémoire interconnectés :

  • La mémoire de travail : mémoire à court terme, permet de retenir les informations pendant la réalisation d’une activité. Elle est sollicitée en permanence et a un rôle tampon qui permet d’effacer ou d’aller stocker les informations dans la mémoire à long terme.
  • La mémoire sémantique : mémoire du langage et des connaissances sur le monde et sur soi. Elle se construit tout au long de la vie.
  • La mémoire épisodique : mémoire des moments personnellement vécus, elle nous permet de nous situer dans le temps et l’espace et ainsi de nous projeter dans le futur.
  • La mémoire procédurale : mémoire des automatismes (marcher, conduire, …). Elle est inconsciente.
  • La mémoire perceptive : mémoire qui s’appuie sur nos sens, permet de se souvenir des voix, des visages, des lieux, …

A noter que la mémoire de travail est à court terme quand toutes les autres peuvent être considérées à long terme.

Eric Kandel[2], a mis en évidence deux autres types de mémoire, regroupant celles précédemment citées :

  • La mémoire implicite (procédurale et perceptive) qui est essentiellement une mémoire affective, émotionnelle, liée à des perceptions somatiques et a son siège dans l’amygdale. Elle accompagne l’enfant jusqu’à ses deux ans et est alors la seule présente. Elle est dite implicite car ne s’associe pas à la conscience de se remémorer.
  • La mémoire explicite (épisodique et sémantique) qui est une mémoire déclarative et a son siège dans l’hippocampe, structure cérébrale dont la maturation n’a lieu que vers l’âge de 18 mois.

A noter qu’il n’existe pas un centre de la mémoire, les différents systèmes mettent en jeu des réseaux neuronaux distincts répartis dans différentes zones du cerveau. [3]

LeDoux (en 1998 et 2003) souligne que la mémoire implicite est essentiellement influencée par des évènements et par des expériences émotionnelles dont le souvenir, qui est affectif, gouverne la conduite sans une conscience explicite de l’expérience ou de l’apprentissage passé. Pour lui, l’amygdale est le « cœur émotionnel » du cerveau. L’activation de celle-ci peut se faire selon une voie courte permettant de commencer à répondre aux stimuli environnementaux potentiellement dangereux sans savoir de quoi il s’agit.

La mémorisation résulte d’une modification de connexions entre les neurones d’un système de mémoire : c’est ce que l’on appelle la plasticité synaptique. Un souvenir est donc traduit par l’intervention de neurones issus de différentes zones cérébrales et assemblés en réseau. Ces réseaux vont pouvoir être modifiés dans le temps en fonction des expériences vécues, via une variation de l’activité électrique au sein de ces réseaux, renforçant ou modifiant leurs connexions.

Les différents types de mémoire


[1] INSERM, Mémoire, dossier réalisé en collaboration avec Francis Eustache, directeur de l’unité 1077 Inserm/EPHE/UNICAEN, mise à jour le 29/01/2019

    URL : https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/memoire , consulté le 07/01/2020

[2] Kandel Eric (1929- ), médecin psychiatre et chercheur en neurosciences, prix Nobel de médecine en 2000.

[3] Onnis Luigi, Lorsque la psyché est le reflet du corps. Une nouvelle alliance entre les neurosciences  et la psychothérapie, Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseau, De Boeck Supérieur, 2009/2 n°43, p.70