Psychogénéalogie et transgénérationnel: les transmissions familiales de traumatismes

Extrait de mon mémoire Unité corps-émotion, de la théorie à l’Ostéopathie.

La psychogénéalogie est une pratique clinique dont les premiers travaux sont apparus au début des années 1980, sous l’impulsion d’Anne Ancelin Schutzenberger[1]. Le terme « psychogénéalogie » décrit une démarche qui interroge sur le poids des liens familiaux (intergénérationnels) et de descendance (transgénérationnels). Elle étudie donc la place de l’individu au sein de sa famille et ancêtres, les liens plus ou moins conscients qui se sont créés au fil du temps et des traumatismes vécus par certains ayant pu avoir une résonnance sur d’autres.[2]

Anne Ancelin Schutzenberger explique comment certains secrets en lien avec ce qu’elle appelle des « loyautés » familiales (pour maintenir un équilibre) peuvent être nocifs. Ils clivent alors la personnalité entre la partie qui sait et celle qui ne doit pas savoir, ou faire comme si elle ne savait pas. [3] On observe ainsi la transmission de certaines « dettes » transgénérationnelles, dont l’origine est souvent liée à ces secrets, mais aussi à des deuils traumatisants, des situations de honte, etc… qui n’ont pas été dits.

Ce n’est pas sans rappeler les situations d’inhibition de l’action mises en évidence par Henri Laborit.

D’ailleurs, Anne Ancelin Schutzenberger cite ce dernier qui, avec d’autres, mettait en avant que ce qui est réellement traumatique n’est pas ce qui se passe dans la réalité (les souffrances réelles), mais la manière dont nous les vivons, dont nous les élaborons et comment les autres nous les renvoient. Par ailleurs, la honte sociale est affaire d’époque et de milieu.

Ainsi, ces traumatismes pourraient être transmis sur des générations, ayant des répercussions psychiques voire physiques dans le temps.

Pour illustrer cela, évoquons une étude épigénétique du groupe de recherche du professeur Alain Malafosse, du Département de psychiatrie de l’UNIGE à Genève, en collaboration avec le Département de génétique et de développement. Cette étude a montré que des adultes atteints de troubles de la personnalité, et ayant vécu des maltraitances dans leur enfance, présentent des modifications épigénétiques dont l’importance est liée à la sévérité des maltraitances.[4]

De plus, il semble que des répétitions au fil du temps respectent une certaine chronologie. Anne Ancelin Schützenberger a mis en évidence ce qu’elle appelle le syndrome anniversaire. Il s’agit d’une répétition inconsciente qui intervient autour de la date anniversaire à laquelle elle se rattache. Les dates « anniversaires » font ressurgir des traumatismes refoulés sur plusieurs générations en utilisant des modes d’expressions inconscients (somatisations, dépressions, mal être…) susceptibles de traverser les générations, jusqu’à ce qu’il puisse y avoir mise en conscience et en mots du symptôme et de ses causes probables. La répétition entre générations peut s’établir, dans l’inconscient familial, par la place occupée dans la lignée, au sein de la fratrie. On peut alors observer des phénomènes tout à fait stupéfiants : répétitions d’accidents, de mariages, de fausses couches, de décès, de maladies, de grossesses, etc, … au même âge ou à des dates précises, sur plusieurs générations (on peut remonter dans l’histoire familiale jusqu’à deux cents ans). Nous ne sommes pas responsables du vécu de nos ancêtres, surtout lorsque celui-ci traverse les générations sans parole, sans explication. Néanmoins, il nous est possible d’investiguer et de détecter ce qui peut se jouer autour d’un syndrome d’anniversaire.


[1] Schutzenberger Anne Ancelin (1919-2018), psychanalyste et professeur émérite de l’Université de Nice.

[2] Meschiany Mabel, De Grande Marcela, Psychogénéalogie et approche transgénérationnelle. (psychogenealogy and transgenerational approach – psicogenealogía y enfoque transgeneracional), dans : Agnès Vandevelde-Rougale éd., Dictionnaire de sociologie clinique. Toulouse, ERES, « Sociologie clinique », 2019, p.497-500.

    URL : https://www.cairn.info/dictionnaire-de-sociologie-clinique–9782749257648-page-497.htm

[3] Ancelin Schützenberger Anne, Secrets, secrets de famille et transmissions invisibles, Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, 2004/2 (no 33), p.35-54.

    URL : https://www.cairn.info/revue-cahiers-critiques-de-therapie-familiale-2004-2-page-35.htm

[4] Tribune de Genève, La maltraitance dans l’enfance laisse des traces génétiques, 12/01/2012,

    URL : https://www.tdg.ch/savoirs/sciences/maltraitance-enfance-laisse-traces-genetiques/story/11656001


Publications scientifiques sur les mécanismes transgénérationnels